Hervé Mariton s'est exprimé ainsi sur le budget de l'Outre-mer:
Monsieur le président, madame la ministre, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, je voudrais relever les bonnes orientations du projet de loi de finances pour l’outre-mer ainsi que du projet de loi en préparation pour le développement économique de l’outre-mer, et exprimer quelques interrogations.
La politique mise en œuvre aujourd’hui pour l’outre-mer est favorable, en particulier dans des domaines essentiels qui ont été évoqués ce soir. Je m’arrêterai sur quelques exemples.
D’abord sur le logement dont il vient d’être question. C’est un enjeu considérable pour tous les départements et toutes les collectivités d’outre-mer. Le Gouvernement propose des orientations pour essayer de répondre à un besoin immense, cela a été relevé. Il faudra s’assurer de la réalité et des résultats dans le temps.
Des progrès réels ont été obtenus, même si les résultats sont encore insuffisants. Ainsi, la dette de l’État aux bailleurs sociaux a été réduite, puisqu’elle est passée sur les factures certifiées de 37 à 17 millions d’euros entre 2006 et 2007. Il s’agit d’une mise en œuvre concrète d’engagements qui avaient été pris et c’est important pour la crédibilité de l’État dans le domaine du logement social outre-mer.
Le deuxième débat que je souhaite aborder est celui de la réduction d’impôt.
Depuis longtemps, nous voulons en tant que législateurs corriger les abus qui peuvent exister dans la mise en œuvre d’un certain nombre de réductions d’impôts. En même temps, lorsqu’il s’agit de faire la chasse aux niches fiscales, pour reprendre des termes familiers, il est essentiel de ne pas perdre de vue l’objectif politique qui en général a présidé à leur mise en œuvre. Les niches fiscales ne sont pas nécessairement un caprice de l’exécutif ou un caprice du législateur, elles répondent en général à un objectif de politique publique qui, à un moment, paraissait raisonnable.
Je trouve à cet égard que le débat qui a été introduit par le Gouvernement, que nous avons poursuivi en commission des finances et avec l’ensemble de nos collègues, a permis d’évoluer, d’évaluer, de comprendre les objectifs politiques poursuivis et de reconnaître que, si des abus devaient être corrigés, des résultats incontestables avaient également été obtenus.
Ce débat permet aujourd’hui de mieux calibrer le dispositif. Cela ne s’est pas fait tout de suite. Il a fallu, par exemple, que chacun d’entre nous comprenne ce qu’était le processus de rétrocession à l’exploitant. Or c’est un paramètre essentiel sans lequel on ne comprend pas ce qu’est la réduction d’impôt et sans lequel on a le sentiment d’une aubaine extraordinaire pour l’investisseur. La réalité est plus complexe et subtile que cela.
Oui, l’aide à l’investissement productif est légitime ! Oui, l’aide au logement par la réduction d’impôt est légitime ! Et je ne doute pas que, dans les semaines qui viennent, nous trouverons une bonne solution qui permette à la fois de résoudre les abus et d’encourager une politique d’investissement au profit de l’outre-mer. Je remercie le Gouvernement pour sa bonne compréhension de ces enjeux.
M. Hervé Mariton. Il a évidemment des sujets plus difficiles. Je pense à la question de l’exonération des charges sociales et à l’article 65 du projet de loi de finances qui, en l’état, ne me paraît pas acceptable. La politique d’exonération de charges sociales a donné des résultats substantiels pour l’emploi outre-mer. Il y a quelque temps de cela, avec le rapporteur général, qui était déjà Gilles Carrez, et le président du groupe UMP de l’époque, je m’étais rendu à La Réunion, à l’invitation de notre ami René-Paul Victoria, pour évaluer et constater l’efficacité de cette politique.
Dois-je rappeler que, sur des secteurs comparables et sur la période du début des années 2000, lorsque l’emploi a augmenté de 4 % en métropole, il a augmenté de 20 % dans les départements d’outre-mer. Dans le BTP, il a augmenté de 20 % en métropole, contre 60 % dans les départements d’outre-mer.
Je suis de ceux, madame la ministre, monsieur le secrétaire d’État, qui considèrent que le dispositif que vous nous proposez à l’article 65 pose des problèmes de technique juridique significatifs – M. le rapporteur spécial l’a dit – et des problèmes quant à ses effets économiques et sociaux. Il eût été préférable de commencer la dégressivité à un niveau plus significatif de salaire pour ne pas écraser les salaires moyens quitte, d’ailleurs, à ce que cette dégressivité soit plus rapide. En tout cas, cette question mérite d’être revue à l’occasion de la discussion du projet de loi pour le développement économique de l’outre-mer. Ce débat n’est pas achevé aujourd’hui. Votre proposition n’est pas au point. Il faudra donc reporter la décision.
J’évoquerai, pour finir, une question de terminologie. Vous êtes, madame la ministre, monsieur le secrétaire d’État, en charge de l’outre-mer. La terminologie « les outre-mer » est parfois utilisée dans la présentation du budget et par de nombreux collègues. Pour ce qui me concerne, tout en comprenant ce qu’est la diversité des statuts et la nécessaire adaptation des politiques publiques, je crois en l’unité de la République. C’est bien d’un budget pour l’outre-mer que nous débattons aujourd’hui. Les mots ont leur importance ; je tenais à le dire.
Voilà un bon budget, et n’était l’article 65, ce serait un très bon budget.