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Le capital, ce n’est pas seulement Neuilly ou le XVIe

Avez-vous été surpris par l’annonce d’une taxation du capital pour financer le RSA ?

J’avais eu vent de l’information dans les heures qui ont précédé l’éruption ! Sur des choix aussi fondamentaux, je pense que l’exécutif pourrait faire preuve d’une sorte de “courtoisie républicaine” en attendant que le Parlement soit en session, au travail, pour les examiner. Sur le fond, le RSA est une bonne intuition. Mais il faut faire attention à la façon de la mettre en place, au risque d’en payer les erreurs pendant vingt ans, comme avec le RMI. Et puis le capital, ce ne sont pas seulement les habitants de Neuilly ou du XVIe arrondissement. Ce sont aussi les artisans, les petits commerçants qui ont investi dans le foncier pour leur retraite et qui sur le terrain me disent déjà : “C’est encore nous qui allons devoir payer !”

Quelle alternative suggérez-vous ?

Au lieu de créer un impôt nouveau, périlleux parce qu’il crée un tuyau direct, du capital au social, je plaide pour un recentrage de la PPE (Prime pour l’Emploi), plus élevée et pour moins longtemps pour un nombre plus limité de gens. Le risque avec le RSA, c’est de rapprocher la situation financière d’un mi-temps avec RSA d’un Smic à temps plein. C’est pourquoi il aurait fallu expérimenter la mesure avant de l’annoncer.

Est-ce une façon pour Nicolas Sarkozy de déstabiliser la gauche ?

ça y aide sûrement, même si ce n’est pas le but principal. Mais c’est un joli “coup” politique qui peut se transformer en mauvais “coût”. Pour les finances de l’Etat, et pour la cohérence idéologique de la majorité.

Hervé Mariton

Interview dans Metro, le 28 Août 2008.

Interview de Hervé Mariton sur le thème des forces françaises déployée en Afghanistan dans "Libération" du 21 aout.

La mort de dix soldats dans une embuscade tendue par les talibans pose-t-elle la question de la présence française en Afghanistan?

Les causes qui ont justifié notre présence et le renforcement de notre engagement en Afghanistan n’ont pas disparu. La France et l’Europe doivent lutter contre le terrorisme qui les menace. Or, ses racines se trouvent en partie en Afghanistan. La tragédie de ces derniers jours nous dit que cette lutte est violente et beaucoup plus difficile que ce que les soldats français ont pu vivre sur d’autres théâtres d’opérations, ces dernières années. Cette vérité, que nos concitoyens n’avaient pas forcément perçue, éclate aujourd’hui de manière forte.

Quel rôle doit jouer la France? Doit-elle changer sa stratégie?

Sur le plan militaire, je ne veux pas m’improviser stratège d’occasion et je fais confiance à nos hommes sur place et à l’exécutif pour prendre les bonnes décisions. Il n’y a pas de mise en cause du cadre militaire dans lequel nos forces évoluent. Le renforcement des troupes françaises est récent et ce n’est pas dans ce nouveau cadre que l’accrochage a eu lieu. Il me paraît donc inapproprié de vouloir réviser cette approche stratégique à ce stade. Le sujet n’est pas d’en faire moins mais de faire mieux. Décidé par le président de la République et débattu à l’Assemblée, le choix d’une présence plus importante de la France était indispensable et justifié mais, en même temps, nous devons, avec nos partenaires européens, apporter une valeur ajoutée. Il s’agit de trouver une meilleure réponse aux enjeux civiques, sociaux et économiques de ce pays. Sur cette dimension civile, des efforts considérables doivent être faits.

Existe-t-il une voie politique pour régler ce conflit? Faut-il négocier avec les talibans?

L’expression «voie politique» est souvent employée comme un paravent pudique de l’abandon. En Afghanistan, nous sommes dans une situation de guerre. Les éléments insurrectionnels y sont multiples mais concourent, pour la plupart, à un même objectif, aider le terrorisme dans le monde. Cet aspect peut paraître exotique vu de France mais il suffit d’interroger les Anglais, préoccupés par le Pakistan, pour s’apercevoir que cela ne l’est pas. Nous devons comprendre, avec finesse et sans tomber dans leurs pièges, les liens qui existent entre les insurgés mais il ne me paraît pas évident de savoir avec qui un dialogue aurait lieu. Pour négocier, il faut être deux et là, il n’y a ni partenaire, ni volonté de discussion en face.

Interview de Hervé Mariton dans le "Parisien" du 20 aout sur les évènements survenus en Afghanistan.

Fallait-il envoyer sept cents soldats supplémentaires en Afghanistan ?

Cet évènement tragique ne veut pas dire que cet engagement militaire était une erreur. A mon avis, la décision qui a été prise en son temps a été faite en pleine conscience d’une difficulté des choses et d’un grand risque. Ce risque, malheureusement, nous rattrape aujourd’hui avec ce drame. Ceux qui ont pris la décision d’envoyer des forces françaises supplémentaires, de renforcer le contingent français, n’étaient pas ignorants du danger.

Faut-il demander le retrait de ces troupes ?

Je ne le pense pas. De mon point de vue, la mort tragique de ces dix soldats ne veut pas dire qu’il faille retirer nos troupes. Il faut aujourd’hui réfléchir et mesurer la difficulté de l’engagement de nos hommes en Afghanistan puis mettre en oeuvre tous les efforts pour assurer au mieux leur protection. Il faut une réflexion du risque à tout instant, une évaluation permanente.

Peut-on qualifier l’Afghanistan de bourbier pour l’armée française ?

Non. Même si la situation est très délicate, l’Afghanistan n’est pas un bourbier. Mais il faut être clair avec les Français : être présents en Afghanistan, ce n’est pas le même degré de difficulté que le Kosovo, par exemple. Cela doit nous amener à être plus exigeants sur ce qu’il faut faire, pour la sécurité de nos hommes, mais aussi pour la situation dans le pays.

Communiqué de Hervé Mariton sur la mort de dix soldats français en Afghanistan

Nous disons toute notre sympathie aux familles et aux proches des soldats morts en Afghanistan. Ces hommes de valeur ont donné leur vie. Ils méritent l'hommage et la reconnaissance de toute la France.

Nos soldats portent le combat difficile et aujourd'hui dramatique contre le terrorisme, pour la démocratie et pour la liberté. Le monde est trop souvent violent et tragique. La France ne peut l'ignorer. Notre engagement en Afghanistan est difficile; les causes qui l'ont justifié n'ont hélas pas disparu, et notre combat garde tout son sens. Il est aujourd'hui marqué par la disparition de ces français qui sont morts pour la liberté du monde.

Hervé Mariton

Secrétaire national à la défense de l'UMP